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Le pauvre Matelot
Darius Milhaud
complainte lyrique en trois actes
sur un livret de Jean Cocteau
 
Le pauvre Matelot dans les cafés
 
Cocteau et Milhaud sont partis d’un fait divers sanglant, qu’ils ont transposé dans le décor d’un café, multipliant les références aussi bien aux musiques de film qu’aux complaintes des musiciens ambulants qui allaient, racontant des histoires de crimes.


La beauté de cette œuvre tient à la façon dont Cocteau et Milhaud ont réussi à transfigurer le fait divers en un émouvant poème lyrique populaire. On y reconnaît un mélange de réalisme et de lyrisme, de quotidienneté et de poésie, qui s’épanouira dans certains films français d’avant-guerre.


L’histoire se réfère à toute une mythologie du cinéma. Le père, pour disqualifier la «folie» de sa fille, lui reproche «d’être un personnage de cinéma», folle de ce fou. Et, en un sens, ce sont bien deux folies qui s’affrontent : l’une féminine, dominée par des images hallucinatoires, et comme définitivement installée dans la douleur de l’attente, l’autre masculine, la passion d’un aventurier qui joue avec sa vie, et qui, de façon sadique, élabore un jeu dont la partenaire doit ignorer la règle. La rencontre fatale de leurs folies ordinaires : ce thème séduisait Milhaud car il y voyait la possibilité de traiter un fait divers comme une tragédie. Pourtant, jamais sa musique ne s’autorise à hurler à la mort, elle enveloppe le drame d’une émotion trouble, doucement équivoque. Loin de tout pathétisme, elle s’ouvre à la poésie, respectueuse du mystère d’un geste, ne prétendant jamais dévoiler ce qui peut l’être, «l’infracassable noyau de la nuit.
 
 
Production
Arcal