Délice poétique – Concertclassic

Concertclassic / Compte-rendu
Par Alain Cochard.

Nanterre, Maison de la musique, le 16 janvier 2016

Harasta et Bystrouska

Harasta et Bystrouska

Nouvelle réussite pour Louise Moaty dans sa collaboration avec l’Arcal ! A la tête depuis 2009 de la compagnie longtemps dirigée par Christian Gangneron, Catherine Kollen a déjà confié à la jeune artiste L’Empereur d’Atlantis de Ullmann, un spectacle créé en janvier 2014 à Nanterre et applaudi en divers lieux, dont Angers-Nantes Opéra en novembre dernier.
La Maison de la Musique de Nanterre aura aussi eu la primeur de sa Petite Renardée rusée, les 15 et 16 janvier derniers. Après une pause, la production part en tournée à partir du 19 février et, de Saint-Quentin-en-Yvelines au Mans, on peut sans risque lui prédire un succès partout égal à celui remporté lors de sa création.

La lanterne magique de M. Couperin a beaucoup fait pour la réputation de Louise Moaty et celle-ci reste d’ailleurs fidèle à son goût pour la «fabrication en direct» du spectacle dans ce Janáček. Par sa simplicité (apparente), sa Renarde s’avère pleinement fidèle à l’esprit des productions itinérantes que l’Arcal affectionne. Mais que d’art et de virtuosité de la part de l’ensemble de l’équipe découvre-t-on dans une réalisation qui fait appel au procédé de l’incrustation pour composer sur écran un véritable film d’animation. Louise Moaty ne fait là que renouer avec la source d’inspiration de Janáček – un feuilleton illustré paru dans le journal Lidove Noviny. On chercherait en vain à décrire la fraîcheur, la tendresse, la fantaisie, l’humour et l’intense poésie du résultat ; ils s’éprouvent, se savourent, se hument. Et, au cœur du spectacle, un moment magique, celui de l’union du Renard et de la Renarde, où tous les procédés en œuvre depuis le début disparaissent soudain pour mieux souligner, avec un dépouillement total, l’intensité de la scène. Dans un autre esprit, l’intervention du chœur des voix de la forêt dans la salle au moment des noces réserve une très jolie surprise aussi (un chœur amateur est spécialement préparé dans chacun des lieux visités par cette Renarde – bravo à Valérie Gallet et Jean-Michel Chatard pour leur travail à Nanterre !).
En parfaite osmose avec les options de Louise Moaty, chanteurs et musiciens ne méritent qu’éloges. A commencer par Laurent Cuniot et ses instrumentistes de TM+ qui, dans la réduction de Jonathan Dove adoptée pour l’occasion, font montre d’autant de précision que de sensibilité. La richesse, la saveur des timbres, le sens des climats, l’attention aux chanteurs qui règnent continûment dans la fosse permettent au plateau de donner le meilleur de lui-même. De sa voix riche, Noriko Urata compose la plus attachante des Bystrouska. On ne résiste pas plus au garde-chasse de Philippe-Nicolas Martin, à l’instituteur de Paul Gaugler ou au curé de Wassyl Slipak, deux interprètes que l’on retrouve, côté animaux, respectivement en moustique et en blaireau, en compagnie de voix tout aussi convaincantes, à commencer par celle de Caroline Meng dont le renard mérite une mention particulière.

Vrai délice poétique que cette Petite Renarde rusée selon Louise Moaty, la tournée qui commence se prolonge jusqu’à la fin avril : si une occasion se présente à vous, ne la manquez sous aucun prétexte !

Janáček : La Petite Renarde Rusée – Nanterre, Maison de la Musique, 16 janvier 2016. Prochaines à Saint-Quentin-en-Yvelines (19 février), Reims (26 février), Besançon (16 mars), Massy (14 et 15 avril), Sablé-sur-Sarthe (23 avril), Le Mans (29 et 30 avril). www.arcal-lyrique.fr/spectacle/la-petite-renarde-rusee/

Photo © Enrico Bertolucci

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