Lyrique mais complètement Zazie !

Mag Opéra
Journal de l’Opéra de Reims

Octobre-Novembre-Décembre 2015 #4
par Anne De La Giraudière

Lyrique mais complètement Zazie !
En s’inspirant du roman de Raymond Queneau, Zazie dans le métro, le compositeur Matteo Franceschini signe un spectacle lyrique jubilatoire, destiné au jeune public. Une création réjouissante, mise en scène par Christian Gangneron où petits et grands rient ensemble des rocambolesques aventures de Zazie à Paris.

«Une BD musicale»
Interview du compositeur Matteo Franceschini

A 35 ans, le compositeur italien Matteo Franceschini, lauréat de multiples prix, apparaît comme une des valeurs montantes de la scène contemporaine. Pour ce spectacle lyrique, il a imaginé un univers sonore très rythmé où la voix et le traitement du texte sont au cœur de la narration. Queneau ne pourrait que souscrire !

Qu’est-ce-qui vous a séduit chez Queneau ?
Matteo Franceschini : J’ai découvert Raymond Queneau en 2010 avec les Exercices de style et j’ai été immédiatement fasciné par son écriture, sa poétique, ce néo-français propre à Queneau qui s’appuie sur la langue parlée et la force de la sonorité des mots. Invité comme compositeur en résidence à l’Orchestre National d’Île-de-France, j’ai eu envie de travailler de nouveau sur cette écriture pour un projet de théâtre musical destiné au jeune public et le roman Zazie dans le métro s’est imposé comme une évidence.

Quelle a été votre démarche musicale ?
M.F. : L’idée était de créer une sorte de «bande dessinée musicale» basée sur le son de la voix et les onomatopées, en exploitant dans l’écriture musicale un mélange entre les sonorités phonétiques de la langue et les instruments. La grande vivacité des dialogues permet à la composition de suivre un parcours d’images constitué d’une succession très rapide d’épisodes musicaux, d’ouvrir des micro-cadres sur des univers différents. J’ai voulu aussi créer ma propre image de Paris, une vision intemporelle nourrie du dynamisme, du rythme qui imprègnent la ville, à travers des petites valses, de fausses musettes et une écriture contemporaine.

Aborder un texte humoristique est plutôt rare dans l’univers contemporain…
M.F. : Il est très difficile avec la grammaire de la musique contemporaine, plutôt «sérieuse» voire dramatique, de traiter un sujet comique. Il faut s’enlever certaines barrières de langage, réinterpréter certains éléments traditionnels, notamment de l’opéra bouffe. La dimension surréaliste de Zazie permet de voyager dans la fantaisie et de développer une richesse d’écriture dans le théâtre lyrique. C’est aussi un moyen d’intéresser le jeune public. Au-delà du côté ludique, l’essentiel réside dans le dynamisme et la force des objets musicaux. La partition doit être toujours vivante, toujours colorée et très rythmée pour maintenir sans cesse en éveil l’attention du public.

Que représente Zazie pour vous ?
M.F. : Un passage vers l’âge adulte, une soif de découverte, une initiation. Zazie, c’est surtout l’image d’une curiosité sans limites, la nécessité de courir sans barrières. Un esprit qu’on devrait garder à n’importe quel âge pour ne pas s’arrêter sur soi-même et rester toujours en mouvement, vivant !

Ce spectacle a été créé au Théâtre du Châtelet à Paris avec l’Orchestre National d’Île-de-France. Quelles modifications avez-vous apportées pour cette nouvelle version ?
M.F. : J’ai choisi ici un effectif de 19 musiciens pour ne pas pousser l’impact sonore tout en conservant le principe de division de l’orchestre traditionnel d’un côté et un groupe de cinq musiciens qui évoque un petit ensemble de rue parisien. J’ai beaucoup retravaillé l’écriture de chaque instrument, notamment des cordes, pour privilégier le rythme et la vivacité des échanges mais dans un dialogue plus intime.

Avez-vous un nouveau projet lyrique en cours ?
M.F. : Un nouvel opéra sur Alice au Pays des Merveilles pour l’Orchestre Nationale d’Île-de-France, un projet assez fou coproduit par la Philharmonie de Paris qui sera créé en mai 2016.