Une Petite Renarde rusée de Janacek inventive – Res Musica

Res Musica – 23 mars 2016
Par Nicolas Mesnier-Nature

C’est à une féerie tant visuelle que musicale à laquelle nous a convié le Théâtre de Besançon lors de cette unique représentation de La Petite Renarde rusée, un opéra qui permet une interprétation scénique enrichie et créative.

Mme Pasek, Garde-chasse, Curé, Instituteur

Mme Pasek, Garde-chasse, Curé, Instituteur

En effet, loin des déguisements animaliers enfantins ou plus ou moins ridicules, d’une abstraction dépourvue de charmes et d’idées, la direction artistique de Catherine Kollen et son Arcal (Compagnie nationale de théâtre lyrique et musical) et dans la mise en scène imaginative de Louise Moaty, cette représentation participative a réuni tous les atouts séducteurs possibles.

D’abord une lecture à trois niveaux, fait exceptionnel en opéra : la scène traditionnelle et sa réalité première, la technicité du théâtre moderne de marionnettes et son résultat en projection sur le haut fond de la scène. Autour de ce petit monde en perpétuel mouvement, des techniciens s’appliquent sur le plateau à donner la vie à des marionnettes, des décors peints, de manière tout à fait éblouissante. C’est de ce va-et-vient entre la réalité brute de la modernité des caméras et des éclairages et le résultat magnifique qui naît sur l’écran vidéo que surgit la poésie permanente du spectacle. Non seulement il s’ouvre à nous pour nous en apprendre les trucs de fabrication, mais encore plus il nous projette dans le monde de l’enfance et du dessin animé, du film d’animation qui mélange réalité et fantaisie : réalité des personnages humains jouant dans un décor en deux dimensions qui n’existe que sur l’écran. La position du sous-titrage juste en-dessous permet aisément de suivre l’action.

Une féerie d’art total

La version proposée de la Petite Renarde s’appuie sur une version réorchestrée pour seize musiciens de Jonathan Dove : on aurait presque tendance à dire que dans ce cadre de création, elle lui convient parfaitement. La grande complexité et les particularités musicales de Janáček ont avantage à être mises en valeur par ce type de formation, surtout ici dans cet extraordinaire imaginatif hymne à la nature. Nous entendons toutes les voix en permanence et les excellents interprètes, jamais couverts – superbe soprano Noriko Urata, mais tous seraient à citer – , bénéficient de la direction précise et aérée de Laurent Cuniot aux commandes de l’Orchestre Victor Hugo Franche-Comté.

La séduction immédiate, due à l’intelligence de la mise en scène qui ne génère aucun ennui et ravira la salle entière, public scolaire et traditionnel, attentif et participatif, qui ne pourra qu’en garder un souvenir enchanté.

Crédit photographique : Enrico Bartolucci / Scène nationale de Besançon

Lire l’article sur resmusica.com