TÉLÉRAMA | Purcell dans tous ses états

Télérama
Par Sophie Bourdais
1er octobre 2018

Purcell dans tous ses états au Théâtre de l’Athénée

Les spectacles de la compagnie d’art lyrique l’Arcal se caractérisent par une intelligence et une inventivité qui compensent largement la modestie des moyens engagés. Leur Didon et Enée ne fait pas exception. Créée en février à l’Opéra de Massy, cette production vient d’inaugurer le Festival Purcell du Théâtre de l’Athénée.

Reconstruit en empruntant à Virgile, Ovide et Shakespeare, le prologue nous propulse des années après la fin de l’histoire racontée en 1689 par Henry Purcell et son librettiste Nahum Tate : Belinda, sœur de Didon (défunte reine de Carthage), retrouve Enée (ex-amant de Didon, dont il ignore le suicide) en Italie, et l’invite à revivre le récit de ses amours et de leur tragique issue. L’opéra peut alors commencer, sur le mode du flash-back, avec des héros en tenues d’apparat (cuirasse pour lui, jupe-carcan et coiffure façon Elisabeth 1ère pour elle), dont ils ne se déferont qu’en cédant à leurs émotions.

Scénographie élégante et évocatrice (une cage de tulle pour figurer la prison mentale dans laquelle se débat Didon, des étoffes qui deviendront les voiles d’un navire sur le départ), beaux costumes semi-modernes, jeux d’ombre et de lumière pour évoquer les forces en présence, forte implication scénique du Jeune Chœur de Paris (pas toujours bien en place le soir de la première, mais touchant de fraîcheur et de musicalité) : le drame est bien servi par la mise en scène de Benoît Bénichou. L’oreille se satisfait tout autant de la royale et émouvante Didon de la soprano Chantal Santon Jeffery, et du très crédible Enée du baryton Yoann Dubruque. En fosse, le violoniste Johannes Prasmohler dirige de l’archet (il ne lâche son violon que pour les scènes chorales et le lamento final) un Ensemble Diderot plein de verve et de couleurs.

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