Ruse et virtuosité pour «La Petite Renarde» – Le Figaro

Le Figaro / Opéra
Par Thierry Hillériteau.

Edition du vendredi 11 mars 2016.

Ruse et virtuosité pour «La Petite Renarde»

Entre surréalisme et hommage aux débuts du cinéma, la mise en scène du chef d’œuvre de Janacek par Louise Moaty se révèle pleine de poésie.

Bystrouska, choeur des poules, poule huppée, coq

Bystrouska, choeur des poules, poule huppée, coq

L’Arcal n’en est pas à sa première collaboration avec la jeune Louise Moaty. La compagnie lyrique, dont l’objectif est de rendre l’opéra accessible au plus grand nombre par des productions dont l’économie permet de très longues tournées – et donc une diffusion sur l’ensemble du territoire –, lui avait déjà confié, il y a deux ans, la délicate résurrection de L’Empereur d’Atlantis de Viktor Ullmann. Un opéra composé dans le camp de Theresienstadt. Tâche dont elle s’était acquittée avec autant de passion que de réussite.
Cette fois, c’est à un compositeur bien établi du répertoire lyrique qu’elle s’attaque, Leos Janacek, dont elle met en scène deux ouvrages : le Journal d’un disparu, et cette Petite Renarde rusée, qui reste sans conteste son œuvre la plus populaire. Tombée littéralement – et littérairement – amoureuse de la culture tchèque depuis sa collaboration avec l’ensemble praguois Collegium 1704 sur Rinaldo (la production qui la révéla au grand public en 2010), Moaty prend le parti judicieux de revenir aux sources mêmes de l’opéra : l’image.

Charme artisanal à la Méliès

C’est en effet à partir d’un feuilleton illustré du quotidien Lodive Noviny que Janacek composa le livret de son futur opéra, créé à Brno en 1924 et mettant en scène des animaux. Si le dessin a bien sa place dans la mise en scène, il n’est qu’une infime partie du procédé captivant, où le merveilleux change constamment d’échelle, passant tour à tour de l’image projetée au théâtre d’objets. Du jeu de masques à celui des marionnettes. Et même si le résultat, visuellement bluffant, peut parfois sembler dépendre un peu trop de la technique, il conserve un charme artisanal à la Méliès en parfaite résonance avec la fraîcheur et la nature brute de Janacek.
Côté musique, il convient de saluer la richesse de timbres du couple de renards, incarné par Caroline Meng et Noriko Urata. Mais c’est dans la fosse que réside l’autre miracle du spectacle. À la tête de son ensemble TM+, Laurent Cuniot réussit le tour de force de restituer tout le foisonnement orchestral de la partition luxuriante de Janacek avec l’aide de seize musiciens seulement. Un travail de coloriste d’une redoutable précision et qui semble parfaitement répondre à la mécanique parfaitement huilée de Louise Moaty.

Prochaines représentations : le 16 mars aux Deux Scènes de Besançon (25), les 14 et 15 avril à l’Opéra de Massy (91)… Toutes les dates aussi sur le site dédié à La Petite Renarde rusée.

L’article sur lefigaro.fr

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