Un spectacle à ne surtout pas manquer ! – Opéra Magazine

Opéra Magazine – édition du mois d’avril 2016
Reims, Opéra, 26 février
Par François Lehel

Mme Pasek, Garde-chasse, Curé, Instituteur

Mme Pasek, Garde-chasse, Curé, Instituteur

Petite Renarde insolite avec cette production de l’Arcal, compagnie nationale de théâtre lyrique et musical, pour son unique représentation à l’Opéra de Reims, au fil d’une tournée en France, commencée à la Maison de la musique de Nanterre.
Sur la scène, un matériel de travail diversifié (échelle, pupitres, projecteurs, petites caméras…), mais surtout, au centre, un écran bientôt déroulé, où se déploie, au dessus du sous-titrage, le célèbre {Quatre Arbres} d’Egon Schiele, paysage sur fond de montages et de ciel rougeoyant (1917, Vienne Österreichische Galerie Belvedere), qui conclura aussi bellement la représentation. Un doigt y ajoute des feuilles vertes qui suffisent à évoquer la forêt, univers de prédilection du Garde-Chasse, qui vient s’y reposer, la figure de l’acteur, jouant au-dessous, s’y insérant comme tout naturellement.

Toute la suite mêlera ainsi, avec une remarquable virtuosité, scènes réellement jouées sur le plateau et images en haute définition sur l’écran, associant personnages réels, fonds de décors (où Schiele, non cité dans le programme de salle, gardera sa place), petites maquettes (les Poules) et marionnettes grandeur nature, pour la Renarde et pour le Chien, qui s’affichent simultanément dans le paysage de dessus.

Superbement élaboré par Louise Moaty et ses collaborateurs, animé par quatre assistants et les chanteurs eux-mêmes, auxquels il est ainsi beaucoup demandé, le spectacle, tout au service de l’œuvre, rend à la fois hommage à la bande dessinée, dont on se souvient que Janacek y avait trouvé la source de son inspiration, en même temps qu’à l’art de l’animation spécifiquement tchèque. Une réelle et émouvante poésie s’en dégage, même si la présence constante du matériel de réalisation impose les limites d’une distanciation qu’on se prend parfois à regretter.
L’imagerie sophistiquée de l’écran y garde heureusement le rôle principal. Et quand Louise Moaty s’en prive pour le duo des Renards au II, une mise ne place plus traditionnelle, avec une direction d’acteurs limitée, nous laisse alors sur notre faim, jusqu’à ce qu’une autre invention la remplace. Pour le mariage, le chœur fait irruption dans la salle, où les spectateurs sont invités à agiter doucement des cartons portant des masques ; filmés depuis la scène, ils donnent sur l’écran une dimension fantastique à cette évocation de la forêt qu’on devine peuplée d’animaux aux yeux brillants.

Le choix de la version orchestrale pour seize instruments, procurée par Jonathan Dove pour le Festival d’Aix-en-Provence 2002, plus acidulée, et qui accuse les angles, s’accorde parfaitement à cette {Petite renarde} réduite, d’autant que les excellents musiciens de l’Ensemble TM+ y triomphent de toutes les embûches, et même si l’on perd forcément sur la montée en puissance du grandiose finale. Comme encore la rapidité de la direction de leur chef, Laurent Cuniot, aussi précise que sensible, et qui répond à celle du montage cinématographique.

Une équipe homogène de chanteurs s’y intègre sans problème. On pourra y distinguer l’impeccable Garde-Chasse du baryton Philippe-Nicolas Martin, rendant pleine justice à son monologue terminal, et la puissante Renarde de la soprano Noriko Urata (une Mimi, une Tosca…), avec des élans qui impressionnent. Nécessairement plus discrète en Renard, Caroline Meng lui fait bon accompagnement avec un mezzo bien accordé, la basse Wassyl Slipak assurant, pour sa part, un Curé et un Harasta de beau relief.

Un spectacle à ne surtout pas manquer, lors de la suite de la tournée!