Zazie est une «Arletty» en culotte «Petit Bateau»

Mag Opéra
Journal de l’Opéra de Reims

Octobre-Novembre-Décembre 2015 #4
par Anne De La Giraudière

Lyrique mais complètement Zazie !
En s’inspirant du roman de Raymond Queneau, Zazie dans le métro, le compositeur Matteo Franceschini signe un spectacle lyrique jubilatoire, destiné au jeune public. Une création réjouissante, mise en scène par Christian Gangneron où petits et grands rient ensemble des rocambolesques aventures de Zazie à Paris.

Interview du metteur en scène Christian Gangneron

De Zazie dans le métro à l’opéra, comment avez-vous abordé ce projet ?
Christian Gangneron : Ce projet est né du désir du compositeur Matteo Franceschini d’adapter pour la scène le célèbre roman de Queneau. Le librettiste Michel Beretti a ensuite réalisé un remarquable travail d’adaptation en resserrant le texte sur les deux protagonistes principaux, Zazie et son oncle Gabriel, tout en ajoutant un narrateur qui fait avancer l’histoire et incarne les personnages secondaires. Il en résulte une comédie musicale où la puissance lyrique des deux chateurs alliée à la verve jubilatoire du comédien, incarné par le formidable Guillaume Marquet, rencontre la vivacité rythmique du roman et de la musique, dans un genre hybride entre opéra et théâtre.

Quel a été votre parti-pris pour la mise en scène ?
C.G. : La ligne brisée est l’apanage de Zazie. L’écriture joue sur les changements de tons et de registres continuels qui font toute la force comique et poétique de Queneau. Zazie est d’ailleurs l’anagramme tronqué de zigzag ! Matteo Franceschini a très bien réussi à retranscrire cette dynamique avec une musique très rythmique qui suit les péripéties loufoques des personnages. L’enjeu était de relier cette succession rapide d’épisodes, de traiter visuellement l’univers poétique de Queneau tout en intégrant sur scène, sans fosse, les 19 musiciens qui constituent en quelque sorte le décor. J’ai donc choisi de traiter l’orchestre à la fois comme un personnage et un espace sonore. L’orchestre est la ville et les musiciens deviennent ainsi de véritables acteurs du spectacle.

Qu’apporte le dispositif vidéo ?
C.G. : Les images de Paris en noir et blanc projetées sur grand écran créent une atmosphère onirique, dans la veine du réalisme poétique du cinéma d’après-guerre de Carné et Renoir. La vidéo permet aussi de visualiser les jeux de mots et l’écriture de Queneau quand elle est un vecteur comique, comme le célèbre «Doukipudonktan» qui ouvre le roman et donne immédiatement le ton !

Quel regard portez-vous sur Zazie ?
C.G. : Zazie est une «Arletty» en culotte «Petit Bateau» pour reprendre les mots de Georges Perros. Elle fait preuve d’une irrévérence incroyable et extrêmement réjouissante vis-à-vis des adultes. Elle dégonfle le côté boursouflé du discours dans tout ce qu’il a de moralisateur, pompeux, sentencieux, à l’aide de formules irrésistibles. C’est un personnage assez ambivalent finalement, une fausse enfant qui ne s’adapte pas et démasque les travers des adultes avec une gouaille très parisienne et un franc-parler qui fait mouche. Avec ce faux roman d’initiation, Queneau n’hésite pas à secouer le cocotier de la bienséance et annonce déjà le côté libertaire des années 70. Un vent de liberté salutaire qui reste toujours d’actualité.