Le Cas Jekyll

Opéra de chambre
Musique de François Paris
Texte de Christine Montalbetti

Mise en scène Jacques Osinski

Quartetto Maurice

d'après «Le Cas Jekyll» de Christine Montalbetti (éditions P.O.L. 2011)

Présentation

Monologue inspiré par la nouvelle Dr Jekyll et Mr Hyde de Stevenson, cette pièce de théâtre sera adaptée en livret et mise en musique pour la première fois par l’Arcal, donnant à entendre comment la voix sourde de Hyde, ce «gnome hilare», finit par coloniser la voix tranchée, nette et scientifique de Jekyll.

Mais n’est-ce pas la volonté même de trancher dans l’homme ce qui est indissociable qui a engendré le «monstre»?

Magnifique terrain de jeu pour un compositeur et un metteur en scène, où les voix surgissent des profondeurs de l’être, et où on ne sait plus très bien qui parle et d’où ça parle. Le traitement musical fera suite aux recherches du CIRM de Nice, permettant de faire surgir la voix de Hyde de nombreux corps – y compris de celui des violons.

Fait avec Padlet

Le Cas Jekyll, par François Paris

Il est des propositions qui, dans la vie d’un compositeur, arrivent, comme par magie, au moment exact où l’envie de faire correspond au projet proposé.

Après Maria Republica (production Angers-Nantes Opéra créée le 19 avril 2016) et avant de m’atteler à une autre grande forme lyrique, j’avais décidé d’approfondir mon expérience du théâtre musical tout en travaillant sur quelque chose de très différent. Ce contraste dans l’enchainement des projets me paraissait souhaitable afin d’une part d’éviter de trop nombreuses redites rendues sûrement inévitables par la trop grande proximité de l’ouvrage précédent tout en me permettant, d’autre part, d’explorer avec gourmandise de nouveaux territoires du paysage lyrique.

Il me fallait donc m’atteler à un projet résolument différent que j’imaginais ainsi : projet court, (pas plus d’une heure) petite formation, (4 ou 5 musiciens sans chef) un chanteur (voix d’homme puisque Maria Republica comptait 6 rôles féminins contre un seul petit rôle masculin) et un dispositif technologique innovant me permettant de continuer à développer ce qui avait été réalisé pour l’opéra précédent.

Si la proposition qui m’a été faite par Catherine Kollen et l’Arcal répondait à la totalité de mes préoccupations énoncées plus haut, il restait cependant la question centrale du livret et du contexte dramaturgique à traiter. Cette question essentielle restait pourtant pour moi assez floue jusqu’à la proposition de Catherine de travailler sur Le Cas Jekyll.

Je ne connaissais pas le très beau texte de Christine Montalbetti, je dois avouer que je ne savais pas que ce texte avait été maintes fois représenté et mis en scène au théâtre par Denis Podalydès et j’ai donc lu ce texte sans aucun a priori avec pour seule et unique préoccupation : ce texte peut-il devenir un opéra ? La réponse est oui !

Il y a des immémoriaux dans le domaine de l’opéra, le thème du double en fait partie (Cosi fan tutte de Mozart pour ne citer qu’un exemple prestigieux). Il s’agira donc pour moi d’explorer cette thématique avec mes moyens musicaux. En cela je poursuivrai et approfondirai ce que j’ai déjà abordé dans ma musique instrumentale : Lecture d’une vague où la flutiste se démultiplie en cinq reflets d’elle même, Oxymore, solo pour deux percussionnistes. J’ai aussi traité de ce sujet dans mon ballet Les Arpenteurs (scène finale où une cellule se démultiplie à l’infini sur elle même) ainsi que furtivement dans Maria Republica où au tableau 7 Maria «se dédouble» grâce à la technologie.

Un quatuor à cordes est déjà a priori une formation qui porte en son sein la tentation du dédoublement. Les moyens technologiques associés à la voix de baryton et à cette formation instrumentale me paraissent constituer une palette prometteuse pour aller à la rencontre de Jekyll et donc aussi de Hyde…

Distribution

Le Cas Jekyll


opéra de chambre - commande de l’Arcal
création mondiale le 9 novembre 2018 au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines Scène nationale
texte Christine Montalbetti librement adapté de sa pièce éponyme (éditions P.O.L 2010)
musique François Paris
Œuvre ayant bénéficié de l’aide à l’écriture d’œuvres musicales originales du Ministère de la Culture

Une création de l’Arcal, compagnie de théâtre lyrique et musical
direction artistique Arcal - Catherine Kollen

mise en scène Jacques Osinski
vidéo et scénographie Yann Chapotel
lumières Catherine Verheyde
costumes Sylvette Dequest
création maquillage Elisa Provin
réalisation des images Steeve François
collaboration musicale Rachid Safir
ingénieur du son dispositif électronique Camille Giuglaris (CIRM Centre national de création musical, Nice)

Jean-Christophe Jacques, baryton : Jekyll | Hyde


Sur la vidéo : Grégoire Tachnakian, Hyde - Noémie Develay-Ressiguier, la petite fille et la servante

Quartetto Maurice
Georgia Privitera violon
Laura Bertolino violon
Francesco Vernero alto
Aline Privitera violoncelle

 

Recherche
Recherche sur les doubles avec les technologies informatiques et musicales : CIRM (Camille Gugliaris, François Paris).
Cette création fera l’objet d’un film documentaire pour capter les relations entre création artistique et utilisation des nouvelles technologies.
Réalisation & caméraman : Akaki Popkhadze, Justin Vaudaux – Wolfilm
Ce documentaire sera projeté lors d’une journée « Art et Sciences » le samedi 8 décembre 2018 à Nice.
Commande : Université Côte d’Azur (Université de Nice - Sophia Antipolis et CIRM)


Equipe technique Arcal : Ugo Coppin ou Nicolas Bignan (régie générale | régie lumière), Emeric Adrian ou Thomas Guiral (régie vidéo)

Disponibilité

Disponibilité du spectacle
Création 9 novembre 2018 | Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines Scène nationale
Disponible mars - mai 2020

Public
Œuvre chantée et jouée en français
Durée : ± 1h sans entracte
Public visé :
-adultes
-en famille à partir de 10 ans
-scolaires : collèges, lycées

Spécificités techniques
Spectacle sans fosse
Montage la veille et le jour de la représentation (5 services de montage)
Démontage à l'issue de la représentation
10 personnes en tournée

Production
Arcal
Coproduction
Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines Scène nationale
Théâtre 71 Scène nationale de Malakoff
CIRM Centre National de Création Musicale

Soutien
ARCADI (Parcours d'accompagnement)
Conseil départemental des Yvelines
FCL Fond de création lyrique
La SPEDIDAM | la Spedidam est une société de perception et de distribution qui gère les droits des artistes interprètes en matière d’enregistrement, de diffusion et de réutilisation des prestations enregistrées

Résidences de création
Théâtre 71 Malakoff Scène nationale
Théâtre de Chair | La Ferme du Mousseau à Elancourt
Château Éphémère | Fabrique Sonore et Numérique | Carrières-sous-Poissy
La Ferme du Buisson – Scène nationale – Centre d’art – Cinéma

Intention

Note d'intention de Jacques Osinski


Il y a quelque chose de très excitant dans la proposition qui m’a été faite de mettre en scène Le Cas Jekyll. Excitation de la rencontre, de la nouveauté. Rencontre avec une écriture vive, précise et dense, celle de Christine Montalbetti. Rencontre avec une musique puissante et réflexive, celle de François Paris.


L’histoire de Jekyll est connue. Mais Christine Montalbetti la transforme, en fait une interrogation sur l’écriture et la mise en voix. Le texte a été un roman puis une pièce de théâtre avant d’arriver à l’opéra. Il y a dans ce cheminement une chose qui est au cœur de Jekyll / Hyde : la transformation. Ce passage de la solitude de l’écrivain à l’œuvre d’art totale qu’est l’opéra m’intéresse. Et peut-être cela fait écho à mon propre parcours. Après avoir mis en scène plusieurs opéras, je m’étais ces derniers temps recentré sur le théâtre et plus particulièrement ces derniers mois sur deux monologues, joués par deux grands acteurs, Lenz de Georg Büchner avec Johan Leysen, Cap au pire de Samuel Beckett avec Denis Lavant. Deux exercices très précis sur la langue, deux plongées dans l’écriture.


Mettre en scène Le Cas Jekyll, c’est peut-être pour moi comme un agrandissement, passer du monologue intime à un opéra intimiste. Passer d’un travail solitaire avec un comédien à un dialogue avec deux autres créateurs.


J’aimerais que les choses commencent simplement. Un homme vient : « Je me suis pris comme objet d’étude par commodité. » Petit à petit cet homme si banal, si proche du public se transforme, devient un autre, un étranger qui fait peur. Encore un homme ?


Pour ce passage de l’intime à la confrontation avec l’altérité, j’ai envie de retrouver le vidéaste Yann Chapotel, avec lequel - après l’opéra de Salvatore Sciarrino, Lohengrin, avec l’ensemble le Balcon et Lenz - une forme de compagnonnage s’installe. Pour Le Cas Jekyll, nous avons envie de jouer avec l’idée du laboratoire. La technologie du système vidéo renvoie au laboratoire du scientifique mais évoque aussi un laboratoire de l’inconscient équipé d’outils permettant d’interagir avec l’image de Jekyll et de la transformer. L’image de Jekyll se fragmente progressivement jusqu’au basculement complet. Jouer avec cette inquiétante étrangeté, partir de cet homme banal qu’est Jekyll pour le voir se transformer de façon peut-être tout aussi banale et insidieuse, en un Hyde inconnu et violent. Utiliser pour ce faire, sur le visage de Jekyll, des filtres évoquant les « lenses » de réalité augmentée de Snapchat ou les filtres animés d’Instagram jusqu’à la métamorphose.


Plus que la violence, la bestialité de Hyde, Christine Montalbetti explore l’éclatement du moi de Jekyll. Tout se joue peut-être dans l’adresse : Jekyll se raconte par le biais des outils numériques. Dans un processus analytique, il s’adresse aux caméras qui l’entourent. Il ira jusqu’à les manipuler. Elles sont son miroir. Plus Jekyll se dévoile, plus son moi éclate. Témoin de cette traversée, nous observons le « petit théâtre de ce moi divisé qui mène sa danse de mort devant vous » pour reprendre les mots de Christine Montalbetti.



Note de Christine Montalbetti, Le Cas Jekyll, éditions P.O.L. 2011


« Hyde est dans une sorte de sabotage lyrique de la parole de Jekyll. Il la submerge, la rend instable. » [...]
« Derrière Jekyll, il y a toujours Hyde. Et derrière Utterson, il y a nous. La partie se joue donc à plusieurs. On a (peut-être) un seul bonhomme sur scène, mais on est beaucoup, beaucoup plus nombreux. »


« L’aventure commence une fin d‘après-midi d’été, nous avons rendez-vous à la librairie, Denis et moi, nous faisons un petit tour des tables ensemble en échangeant des impressions ou des envies de lecture, comme nous aimons à le faire, à mi-voix, en manipulant les livres côte à côte, je ne sais pas ce jour-là ce que nous achetons. Puis nous allons prendre un verre à la terrasse du café voisin. Propos d’été, petites nouvelles de nos vies respectives, et ce rêve qu’il énonce de jouer Jekyll/Hyde (sorte de point limite pour l’acteur, m’explique-t-il, expérience troublante de se faire duel, d’incarner deux noms – deux forces, deux énergies – à partir d’un seul corps), et cette demande à brûle-pourpoint de lui en écrire le monologue.


J’avais parfois commencé de m’essayer à l’écriture de théâtre, mais trop de questions a priori m’arrêtaient, dont la principale était pour moi de savoir comment faire circuler la parole entre les personnages d’une manière qui ne tienne pas de l’échange ordinaire, qui ne renvoie pas à un régime réaliste de questions-réponses. Comment faire pour qu’il y ait un léger tremblé, un décalage, pour que puisse s’élaborer une parole dont les répliques ne s’accrochent pas les unes aux autres selon les règles de la simple conversation, mais qui réponde à une nécessité propre. C’était ce rythme-là que je ne savais pas comment trouver.


La demande de Denis, ainsi, était doublement libératrice.


Son attente, son désir de jouer Jekyll/Hyde, la confiance qu’il me faisait, me donnait envie d’y répondre, et la façon dont cette aventure était un cadeau réciproque d’amitié a été pour moi un moteur puissant.


D’autre part, le fait qu’il me demande de lui écrire un monologue me permettait de résoudre d’emblée cette question que je n’avais cessé de me poser à propos de la circulation de la parole entre les personnages. Il s’agissait bien sûr de se confronter à un mode d’écriture nouveau, tourné vers la parole proférée, qui réclame sans doute un autre rythme que celui de la voix romanesque qui peut prendre quant à elle le temps de (plus) luxueuses arabesques ; mais la forme du monologue constituait pour moi une sorte de transition douce.


Et à la fois, dans ce monologue, toutes sortes de voix devaient se tramer, coexister, se chamailler, dans une polyphonie constitutive et dynamique.


Tout d’abord, à réinventer à partir du texte de Stevenson, cette parole serait à la fois contemporaine, nécessairement, et à la fois chatoyante d’effets XIXe siècle, comme une teinte. Créer dans la phrase une profondeur de passé, une (fausse) perspective historique. Un double fond. Un maintenant doublé du brouhaha d’un autrefois. Une fiction de siècle ancien logée dans le creux même d’une phrase actuelle. Un sentiment de passé, courant dans le filigrane d’une parole contemporaine. Ou, si vous préférez, glisser dans la phrase un petit fumigène aux odeurs et aux couleurs de XIXe siècle, y introduire un peu de chimie désuète (nous aussi, nous amuser avec des pipettes). Et charrier dans le même temps la géographie de Londres, la brume, les tropismes anglais.


Surtout, ce monologue n’est pas un monologue univoque d’une manière encore plus radicale, puisqu’il doit nécessairement être travaillé par deux voix au moins, dans la fiction, celle de Jekyll et celle de Hyde.


A partir de cette donnée de la dualité de la profération, ce qui m’intéressait, c’était de ne pas séparer ces deux voix, de ne pas alterner simplement la voix de Jekyll et la voix de Hyde ; mais d’essayer de faire sentir comment la voix de Hyde colonise celle de Jekyll. Que le texte raconte l’histoire de cette colonisation, dans la voix même, dans le conflit des voix qui y sont à l’œuvre en même temps.


Au moment même où l’on croit que c’est Jekyll qui parle, c’est peut-être déjà Hyde qu’on entend.


Jekyll ici reconsidère sa vie. Sa jeunesse laborieuse et insatisfaite, ses découvertes scientifiques, jusqu’au geste fantastique de la dissociation et à sa décrépitude de personnage mangé par son double. Il se tient à la fois dans la souffrance et dans la leçon. Mais son effort de ressaisie scientifique, qui est le moyen qu’il trouve pour juguler son désordre intérieur, est aussi une sorte de délire rationalisant, et donc déjà du Hyde.


C’est cela que raconte ce monologue, comment la voix de Hyde joue des coudes pour se glisser dans celle de Jekyll et pour prendre progressivement toute la place.


Le discours de Jekyll est de plus en plus envahi par la parole insidieuse de Hyde. Elle la contamine. Elle y affleure et puis de plus en plus le dirige. Hyde est dans une sorte de sabotage lyrique de la parole de Jekyll. Il la submerge, la rend instable.


Et c’est exactement là le lieu du trouble.


L ‘inquiétude qui anime cette profération duplice est celle de savoir, à chaque instant, qui parle – et à qui. Car à cette dualité de la voix qui profère, s’ajoute ici la multiplicité des interlocuteurs, qui ne cessent eux aussi de varier. L’ami Utterson, auquel on (Jekyll ? Hyde ?) s’adresse. L’autre en soi (Hyde pour Jekyll, Jekyll pour Hyde). Et les spectateurs, qui ne sont pas en reste.


Derrière Jekyll, il y a toujours Hyde. Et derrière Utterson, il y a nous. La partie se joue donc à plusieurs. On a (peut-être) un seul bonhomme sur scène, mais on est beaucoup, beaucoup plus nombreux. »


Note de Christine Montalbetti en préface au Cas Jekyll
© P.O.L. éditeur, 2010

Dates

9 novembre 2018 vendredi 9 novembre à 20:30 Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines Scène Nationale / Saint-Quentin-en-Yvelines
7 décembre 2018 vendredi 7 décembre à 20:00 | Salle Jedrinsky de la Diacosmie Opéra de Nice | CIRM | Festival Manca / Nice
6 - 8 février 2019 mercredi 6 février à 19:30, jeudi 7 février à 19:30 et vendredi 8 février 2019 à 20:30 Théâtre 71 Scène nationale Malakoff / Malakoff

Ressources

  • Le Cas Jekyll | dossier de diffusion 2019-20
  • Le Cas Jekyll | programme de salle 2018-19
  • REVUE DE PRESSE
 
  • À LA RADIO
  • FRANCE MUSIQUE | LA MATINALE DU 14/11/2018 | MUSIQUE CONNECTÉE | PAR SUZANNE GERVAIS
Le Cas Jekyll où quand la technologie devient personnage d’opéra
  • FRANCE MUSIQUE | LE PORTRAIT CONTEMPORAIN | ÉMISSION D'ARNAUD MERLIN | 07/11/2018
François Paris, le compositeur et son double - Création de l'opéra «Le Cas Jekyll»