Narcisse

Opéra de notre temps - Commande de l’Arcal
Création mondiale automne 2019

Texte Marion Pellissier
Musique Joséphine Stephenson
Films & mise en scène Marion Pellissier

Présentation

Le projet, par Catherine Kollen

Un Narcisse jeune et contemporain, en quête de soi, entre le reflet de la perfection de son avatar virtuel adulé et le miroir tendu par Echo sur ses fragilités dans les coulisses du réel.

A travers ce projet, l’Arcal souhaite travailler sur le concept « épreuves et métamorphoses », au cœur du conte.
L’Arcal souhaitait aussi que le contenu puisse suggérer la forme pour une osmose plus grande et une recherche de nouvelles formes.
Enfin, une réflexion est en cours sur la période du collège où les pré-adolescents (10-14 ans) sont souvent invités à voir des spectacles tout public et non jeune public comme la tranche d’âge en dessous, alors qu’ils ont aussi des problématiques très spécifiques à leur âge, notamment la construction de leur identité et leur affirmation face au groupe. Tout en s’intéressant à cette problématique spécifique, le fait de reconnaître que tout au long de notre vie nous sommes traversés par ces questions permet aussi d’envisager ce spectacle comme tout public et concernant aussi les adultes.

Ainsi le thème de Narcisse a semblé synthétiser cette démarche, et ouvrir un grand pan de possibilité.

L’idée est d’écrire un conte contemporain à partir d’Ovide, en développant les personnages de Narcisse et d’Echo dans une problématique plus contemporaine de rapport à l’image, à soi et au groupe, dans un environnement de réseaux numériques, propices aux métamorphoses.

D’autre part le souhait est aussi de travailler avec une équipe de création de la nouvelle génération et qui plus est féminine. Ainsi Catherine Kollen a réuni Marion Pellissier, jeune auteure, scénariste et metteure en scène qui a développé son écriture propre au sein de sa compagnie, et travaillé avec Cyril Teste sur les films et pièces, ainsi que Joséphine Stephenson, compositrice franco-britannique, deux jeunes femmes qui sont très enthousiastes à l’idée de travailler ensemble.

Enfin, la forme souhaitée est légère (2 chanteurs, 2 instrumentistes + 3 techniciens) pour voir aller sur de nombreux territoires et types de salles.

Voir l’onglet « Intention » pour explorer le thème en compagnie de Marion Pellissier et Joséphine Stephenson.

Distribution

NARCISSE


opéra de notre temps - commande de l’Arcal
création mondiale automne 2019

Une création de l’Arcal, cie de théâtre lyrique et musical
direction artistique Arcal - Catherine Kollen

texte Marion Pellissier
musique Joséphine Stephenson
films & mise en scène Marion Pellissier
direction musicale en cours


Narcisse - ténor ou baryton
Chloé - soprano
2 instrumentistes
vidéo et transformations numériques et sonores

techniciens : son / lumières et vidéo / plateau

Disponibilité

Disponibilité
Disponible en 2019-20, avec le soutien d'Arcadi en Île de France.
Création à l'automne 2019 - Recherche d'un lieu de création à l'automne 2019.
En partenariat avec le Service Jeune Public de l'Opéra de Paris

Public
pré-adolescents (9-14 ans) / adultes
et en famille à partir de 9 ans
scolaires : CM2 avec préparation, collèges, lycées
opéra chanté en français
durée: +/- 1h sans entracte

Spécifications techniques
Spectacle sans fosse
8 personnes en tournée

Production
Arcal, compagnie nationale de théâtre lyrique et musical
Coproduction (en cours)
Opéra National de Paris
Soutien
Arcadi en Île-de-France (production et aide à la diffusion)

 

Intention

Narcisse, par Marion Pellissier

Narcisse, figure de la beauté manifeste, de la beauté arrogante d’ingénuité, de celui qui est condamné à n’aimer personne, trop amoureux du reflet de sa perfection qu’il adule comme un autre, cet idéal inaccessible.

Narcisse empruntera quelques traits du personnage mythologique mais il sera avant tout un jeune homme perdu dans sa quête de lui-même.

Dans son passage à l’âge adulte, Narcisse est exposé au succès à travers les médias, les réseaux sociaux. Il est adulé de toute part, son portrait s’illumine dans toute la ville sur des affiches 4 par 3, des foules de followers le suivent fanatiquement à travers ses apparitions médiatiques ou ses courses au supermarché du coin. D’autres groupuscules nourrissent une colère et une jalousie viscérale envers ce gamin trop habile et trop captivant pour pouvoir arborer une candeur sincère.

Pourtant dans sa solitude, le jeune homme se parle à lui même, partagé entre le soucis permanent d’être à la hauteur de la perfection de son double social et l’isolement dans lequel cet avatar le plonge.
A travers le monologue intérieur de Narcisse, nous traverserons son obstination dans sa quête d’un double à la perfection inaccessible, ses contradictions entre désir d’être unique et besoin de ressembler aux autres, les montagnes russes d’émotions qu’il éprouvera, entre adulation et rejet, il sera un modèle tantôt imité, tantôt exclu.
Pris dans la marée du désir des autres, il sera porté au sommet comme une écume légère puis écrasé sous le poids des vagues, subissant les aléas de son exposition médiatique.

Narcisse n’est ni artiste, ni politicien, ni sportif, son pouvoir d’attraction naturel est sa seule arme sociale et il en use à outrance afin de se construire un super-soi auquel, il le sait bien, il ne ressemblera véritablement jamais. Son double est finalement celui qu’il aimerait tant être, celui vers lequel se concentre tout son amour, l’aveuglant du réel, lui faisant passer chaque être authentique pour une version bon marché de l’humain, le condamnant à séduire et n’être séduit que par l’artifice.

Sur son chemin, Narcisse rencontre Chloé, une jeune femme réservée qu’il ne tardera pas à séduire. Chloé tombe très amoureuse de Narcisse mais pas tant pour son image sociale que pour les prémices de son âme qu’elle a aperçue lors de quelques instants d’intimité. Or Narcisse, lui, n’est pas amoureux d’elle, sa présence lui est même trop pesante. Narcisse voit bien que Chloé est trop différente de lui et de son milieu. Chloé à l’instar du personnage mythologique Echo, sera la voix de la répétition, condamnée à ne pas avoir de parole propre, sa relation aux autres est un miroir de leur propos.
Mais Chloé n’est pas dépourvue de sentiment, au contraire, elle entrevoit la solitude de Narcisse et les dangers auxquels il s’expose. Elle choisit alors de l’encourager à s’engager sur le chemin de l’anonymat, du lâcher prise, un chemin où se fondre dans la masse est une douce consolation à l’hystérie du monde. Mais tel un écho, elle ne répétera que les doutes qu’il a déjà en lui même. Le chant pudique de la jeune fille semble être sans cesse une ritournelle des incertitudes de Narcisse, de son envie soudaine de disparaitre dans un trou noir.

Narcisse fait donc face à un double miroir, d’un côté le miroir social de son avatar pop et attrayant, de l’autre le miroir que lui tend Chloé méfiante et craintive, miroir de ses fragilités et de son ridicule.

Le projet offre un regard sur la complexité de notre rapport social, en particulier à travers les outils médiatiques dont notre société dispose. Les personnages ne sont pas encore adultes, ils traversent un début d’existence avec une série d’avatars d’eux-mêmes qui symbolisent leurs désirs et leurs échecs sociaux.
Narcisse nous parle, il nous livre son monologue intérieur comme un poème sensible sur ses talents pour la représentation sociale. Tantôt ivre des courtisans du réseau social, tantôt, seul et ridicule dans les coulisses du réel, il nous fait naviguer dans les méandres de ses pensées.
Jeunesse où l’on se débat avec la représentation de soi, sondant sa personnalité, cherchant comment trouver une singularité enviée sans pour autant être le bizarroïde avec qui personne ne trouve de point commun. L’idéal étant d’être celui à qui chacun pense ressembler mais en plus performant, plus drôle, plus populaire, et plus désinvolte.

Le chant sera l’endroit de la sublimation des différents avatars de Narcisse, accompagné de Chloé, éternel écho de son désir de silence, de fuite, de disparition.

Un écran sera le support principal du Narcisse virtuel, celui du simulacre. La vidéo nous montrera alors comment Narcisse modèle son image, pouvant modifier directement, au contact de sa main, des éléments de son soi médiatique, un détail de son visage, une mèche de cheveux, comme on modèle une couverture de magazine sur photoshop avant de l’envoyer pour validation. Cet écran sera aussi à d’autres moment une fenêtre ouverte sur la foule d’êtres qui l’adulent, suivent son actualité, l’aiment, rient de son inventivité, s’attendrissent sur sa beauté, l’imitent dans ses postures ou sa tenue vestimentaire.

Il ne s’agit pas de porter un jugement sur une société d’images et de représentations. Les humains et plus particulèrement ceux qui en grandissant affrontent les règles brutales de la société, sont soumis à un besoin contradictoire de se montrer. Chacun, dans sa quête d’identité, s’expose plus ou moins à la communauté des siens pour expérimenter un soi possible. En confrontant une image de soi aux autres, on apprend à se définir, à définir ce que nous semblons être et ce que nous voulons être. Les outils numériques amplifient cette mise à l’épreuve de l’individu qui cherche sa place dans la société.

Narcisse en musique par Joséphine Stephenson

Notre spectacle met en jeu deux réalités : celle du monde de tous les jours, et celle du monde virtuel. La musique, qui agit au-delà du langage, sera un outil précieux dans la création et la définition de ces deux mondes, et des dichotomies qui abondent dans l’histoire de manière générale. Opposer la parole parlée à la parole chantée, la musique instrumentale à la musique vocale, la musique acoustique à la musique électronique, la musique pré-enregistrée à la musique live, ou encore la musique ‘pop’ à la musique ‘savante’, tant de procédés que j’imagine et qui nous permettront de naviguer d’un monde à l’autre, ainsi que d’en rendre floues les frontières.

Tout comme la vidéo servira la représentation virtuelle idéale de Narcisse, le dispositif musical comprendra plusieurs effets électroniques capables de ‘sublimer’ le son : des effets de ‘reverb’ pour adoucir la voix et nous transporter dans d’autres espaces-temps, peut-être même l’effet ‘auto-tune’, l’équivalent musical de Photoshop qui permet d’effacer les fausses notes. La voix de Chloé quant à elle pourra se servir d’effets de delays (échos) ou même d’un ‘harmoniser’ pour prendre le rôle du chœur.

Tous ces effets ne remplaceront cependant pas la substance musicale, que j’imagine assez hybride, mêlant un style ‘pop’ poli avec un lyrisme opératique plus sombre et complexe, dans la lignée des opéras de Fausto Romitelli ou David Toop, tout en restant accessible à un jeune public. Au niveau thématique par ailleurs, deux opéras récents qui font l’utilisation de multimédia seront sans aucun doute des références : Le Jardin Englouti de Michel van der Aa et Two Boys de Nico Muhly.

La composition de la musique se fera main dans la main avec celle du texte, ainsi qu’avec celle de la dramaturgie, lors de travail au plateau avec les interprètes. De manière générale, je conçois la partition pour ce projet comme un script plutôt qu’un texte rigide et normatif.

Notes en vrac :
- chanteurs sonorisés
- Chloé chante
- Narcisse parle puis va petit à petit vers le chant / ou l’inverse on retourne petit à petit à une parole épurée.
- la vidéo pourra etre en direct ou préenregistrée.
- possibilité de faire un chœur pour figurer la foule
- possibilité que musicien et/ou chanteur manipulent des outils techniques.
- Chloé/écho est une figure de la répétition mais elle dira aussi des choses personnelles. elle existera aussi à travers des souffles, des chuchotements, des pleurs. Elle est aussi la figure de l’amour déçu. (le personnage peut à force de répéter, à force d’être en boucle, créer un buz, un Larsen, elle vrille).

 

Dates